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Le Public du monument (1789-2026) : la célébration collective en question
13e journée de la jeune recherche en sculpture
Sous la direction de Thierry Laugée, professeur d’histoire de l’art contemporain, Nantes Université, CReAAH-LARA.
« C’est ainsi que la République savait impressionner les masses en les faisant participer à ces grandes représentations nationales. »
Par ces mots publiés en 1842 dans le Dictionnaire politique de Pagnerre, Pierre-Jean David d’Angers érigeait en modèles les fêtes révolutionnaires de l’An II de la République ; elles étaient selon lui authentiquement populaires. La « Fête de l’Être suprême » en particulier – orchestrant la participation du peuple à la célébration de statues provisoires – éveillait un enthousiasme porteur d’élévation morale et rappelait au statuaire la fonction émancipatrice du monument sculpté. Cette attention de la part de David à la dimension collective de la statuaire s’inscrit bien plus largement dans l’histoire de la statuaire publique. Car la célébration partagée – qu’elle marque une inauguration ou prenne une forme plus symbolique – constitue l’une des conditions nécessaires pour qu’un monument soit réellement perçu comme public, c’est-à-dire comme appartenant à celles et ceux qui le côtoient. Qu’il s’agisse d’une association célébrant l’anniversaire d’un grand homme devant sa statue, d’un rassemblement spontané autour d’une effigie pour défendre une cause politique, ou encore de supporters escaladant la statue de la République pour célébrer la victoire d’un club, ces gestes forment autant de manières de célébrer un monument – ou de célébrer avec lui.
Ce sont d’ailleurs les rassemblements populaires de 1899 autour du monument sculpté du Triomphe de la République qui auraient soufflé à Jules Dalou l’idée de son Monument aux ouvriers, preuve de l’émulation politique et artistique suscité par le fait social de l’appropriation publique du monument.
Le monument, en s’inscrivant dans l’espace urbain, s'offre quotidiennement au regard d'un public aussi large que captif. Visiteur malgré lui d'une œuvre qui investit le cadre de la vie courante, le passant, aussi divers soit-il, en est de fait le premier destinataire. Pour autant, si la statuaire publique a pour fonction de délivrer un message, d'entretenir une mémoire ou de mettre à l'honneur des valeurs chères à un territoire donné, le rôle des passants auxquels elle s'adresse ne peut se limiter à un registre passif. Outre leur potentielle participation financière par l’impôt ou la souscription, ils sont en effet celles et ceux qui acceptent ou non le monument, et l’intègrent dans la vie sociale locale selon diverses modalités.
Tracer l’histoire d’un monument revient à écrire par l’archive la généalogie des discussions et des décisions administratives et financières qui ont mené à son érection, de l’étude des projets jusqu’à l’inauguration de l’œuvre définitive. Au-delà, l’un des enjeux de cette statuaire publique est de s’inscrire dans le temps long d’une localité. Cette histoire urbaine est faite de cérémonies, de festivités et de rituels, qui activent, réactivent ou détournent son sens originel.
Cette journée entend interroger les modalités et les paradoxes de la célébration de la statuaire dans la ville, mais aussi les acteurs multiples de ces manifestations collectives. Elle proposera ainsi, plus particulièrement, d’observer les « concitoyens » du monument, celles et ceux auxquels il se destine, afin de mieux comprendre leur rôle, leurs usages et l’attachement éventuel qu’ils développent envers une effigie au fil du temps.
Conseiller scientifique
- Thierry Laugée, professeur d’histoire de l’art contemporain, Nantes Université, CReAAH-LARA
Comité scientifique et coordination
- Franck Joubin, documentaliste, chargé des colloques, musée Rodin
- Véronique Mattiussi, cheffe du service de la Recherche, musée Rodin
- Emilia Philippot, conservatrice en chef du patrimoine, cheffe du département scientifique et des collections, musée Rodin
- Amélie Simier, conservatrice générale du patrimoine, directrice du musée Rodin
PRogramme
Vendredi 9 octobre 2026
9h30Mot d’accueil 9h45Introduction Session 1 : La réappropriation collective du monument10h15Staging Work : Controversy, Celebration, and the Shifting Meanings of Constantin Meunier's Monument to Labour Davy Depelchin, Curator 19th-Century Painting and Sculptor, Royal Museums of Fine Arts of Belgium 10h45Celebrating Columbus: Monumentality, National Ritual, and Performance in Madrid
11h15Discussion et pause
Session 2 : Contester la célébration, célébrer la contestation
11h30Eriger René II, célébrer Saint-Epvre : partage d'une double monumentalité retrouvée à Nancy
12h00"The feminist antimonumenta practice in Mexico" | 12h30Discussion et pause déjeuner
Session 3 : Prolongements artistiques de la célébration 14h30 Représentations monumentales et ensembles humains dans le cinéma de Federico Fellini : entre chairs et pierres, des configurations changeantes
15h00 Mémoire métallique du monument public ou comment frapper médaille grâce aux reliquats des souscriptions
15h30 Discussion et pause Session 4 : Biographies affectives des monuments15h45 The Lovers on the Bridge: an exploration of the role of sculpture in the romantic experience of the city
16h15 "This torch, we'll always carry, For our nation's golden child”. La Flamme de la Liberté ou la confusion des mémoires
16h45 Discussion et conclusion
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Visuel : Eugène Druet, Le Monument des Bourgeois de Calais sur un échafaudage, 1913, épreuve gélatino-argentique, 39,9 x 30 cm, Paris, musée Rodin, donation Rodin en 1916, Ph.00938 © musée Rodin.
Lieu(x) d’exposition(s)
Auditorium Léonce Bénédite, musée Rodin
21, boulevard des Invalides, 75007 Paris
Accessible aux personnes à mobilité réduite
Date(s)
Vendredi 9 octobre 2026
Horaires
9h30 - 17h15
Ouverture de l’auditorium 15 minutes avant le début de la manifestation
Tarif(s)
- Entrée libre (sans réservation préalable) et gratuite dans la limite des places disponibles
Accessibilité
- Mobilité réduite
Informations complémentaires
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