[Appel à communications] XIIIe journée de la jeune recherche en sculpture

[Appel à communications] XIIIe journée de la jeune recherche en sculpture

LE PUBLIC DU MONUMENT (1789-2026) : LA Célébration collective en question

Vendredi 9 octobre 2026
Paris, musée Rodin, auditorium Léonce Bénédite
Retransmission en ligne en direct

Propositions à adresser avant le 31 mai 2026 à l’adresse colloques@musee-rodin.fr.

Sous la direction de Thierry Laugée, professeur d'histoire de l'art contemporain, Nantes Université, CReAAH-LARA, Lara

« C’est ainsi que la République savait impressionner les masses en les faisant participer à ces grandes représentations nationales . »
Pierre-Jean David d’Angers, « Fêtes nationales », Dictionnaire politique. Encyclopédie du langage et de la science politiques, Paris, Pagnerre, 1842, p. 400-401.

Par ces mots publiés en 1842 dans le Dictionnaire politique de Pagnerre, Pierre-Jean David d’Angers érigeait en modèles les fêtes révolutionnaires de l’An II de la République ; elles étaient selon lui authentiquement populaires. La Fête de l’Être suprême en particulier – orchestrant la participation du peuple à la célébration de statues provisoires – éveillait un enthousiasme porteur d’élévation morale et rappelait au statuaire la fonction émancipatrice du monument sculpté. Cette attention de la part de David à la dimension collective du monument s’inscrit bien plus largement dans l’histoire de la statuaire publique. Car la célébration partagée — qu’elle marque une inauguration ou prenne une forme plus symbolique — constitue l’une des conditions nécessaires pour qu’un monument soit réellement perçu comme public, c’est-à-dire appartenant à celles et ceux qui le côtoient. Qu’il s’agisse d’une association célébrant l’anniversaire d’un grand homme devant sa statue, d’un rassemblement spontané autour d’une effigie pour défendre une cause politique, ou encore de supporters escaladant la statue de la République pour célébrer la victoire d’un club, ces gestes forment autant de manières de célébrer un monument — ou de célébrer avec lui. 

Ce sont d’ailleurs les rassemblements populaires de 1899 autour du monument sculpté du Triomphe de la République qui auraient soufflé à Jules Dalou l’idée de son Monument aux ouvriers, preuve de l’émulation politique et artistique suscitée par l’appropriation publique du monument. 

La statuaire publique, en s’inscrivant dans l’espace urbain, côtoie quotidiennement les piétons. Si la statue a pour rôle de délivrer un message à ces derniers, d’orienter leur mémoire, ou de leur indiquer les valeurs prônées par la localité, le rôle des passants ne peut se limiter à un registre passif. Outre leur potentielle participation financière par l’impôt ou la souscription, ils sont ceux qui acceptent ou non le monument, et l’intègrent dans la vie sociale locale.

Tracer l’histoire d’un monument public revient à écrire par l’archive la généalogie des discussions et des décisions administratives et financières qui ont mené à son érection, de l’étude des projets jusqu’à l’inauguration de l’œuvre définitive. L’un des enjeux toutefois de la statuaire est de s’inscrire dans le futur d’une localité ; tout épisode survenu autour d’un monument jusqu’à son potentiel démantèlement appartient à l’histoire longue du monument public. Cette histoire urbaine échappe usuellement à l’artiste : elle est faite de cérémonies, de festivités qui portent sur la statue ou l’incluent dans l’espace défini par choix ou par nécessité. 

Cette journée entend ainsi interroger les modalités et les paradoxes de la célébration de la statuaire dans la ville, mais aussi les acteurs multiples de ces célébrations collectives. Il s’agit d’observer les « concitoyens » de la statue, ceux à qui elle est destinée, afin de mieux comprendre leur rôle, leurs usages et l’attachement éventuel qu’ils développent envers une effigie au fil du temps.

L’un des axes envisagés lors de cette journée porte sur l’étude des modes d’inauguration des monuments publics. Comme l’indique Bertrand Tillier, « ces usages collectifs du monument en cours d’inauguration, développés au moment où il entre dans l’espace public, constituent une fabrique de l’émotion » (La Disgrâce des statues, 2022). Celle-ci peut se manifester à travers des discours, des poèmes, des concerts ou des chants, dont l’étude demeure encore marginale. Il existe pourtant un ensemble riche de productions artistiques et littéraires, publiées ou non, qui rythment le cérémonial et contribuent à la mise en scène du collectif.

Les modalités de célébration du monument se révèlent particulièrement diverses et peuvent, dans certains cas, présenter de fortes porosités avec le cérémonial religieux, notamment à travers des formes processionnelles. Ces phénomènes de perméabilité entre l’espace civique et l’espace religieux, loin d’être anecdotiques, invitent à une analyse plus approfondie des circulations de pratiques, de symboles et de registres rituels servant à manifester un attachement ou une reconnaissance envers une figure laïque. 

Au-delà du seul temps de l’inauguration, il apparaît ainsi que la statuaire publique est un spectacle. Un autre axe proposé pour cette journée consistera ainsi à interroger les formes, les usages de cette spectacularisation, entendue comme un mode d’adhésion collective dans l’espace public. Une attention particulière pourra être portée aux formes les plus éphémères de la statuaire, caractère transitoire a priori contradictoire avec l’idéal de pérennité. De la Première République aux derniers Jeux olympiques, la présentation de statues factices — en plâtre, carton, papier, tissu, résine… — lors de célébrations civiques atteste ainsi la fonction structurante de la statuaire dans l’élaboration du discours urbain. Des contributions sur l’apport de la pyrotechnie ou de la mise en lumière et en son du monument sont particulièrement encouragées tant ces dispositifs contribuent à l’appropriation festive des monuments.

Cette journée d’étude se veut résolument pluridisciplinaire et s’adresse à l’ensemble des champs des sciences humaines et sociales afin de favoriser le dialogue, les échanges méthodologiques et enrichir les connaissances historiques sur les monuments sculptés. Une attention particulière sera accordée aux propositions offrant un regard renouvelé sur des ensembles de monuments, de célébrations ou de pratiques.
 

PROPOSITIONS

Les propositions de communication pourront être soumises en français ou en anglais. Elles devront comprendre un titre, un résumé (entre 1 500 et 2 000 signes) et une brève notice biographique (entre 500 et 1 000 signes). Elles sont à adresser avant le 31 mai 2026 à l’adresse colloques@musee-rodin.fr. 

 

Comité scientifique et organisation

  • Amélie Simier, conservatrice générale du patrimoine, directrice du musée Rodin
  • Thierry Laugée, professeur d’histoire de l’art contemporain, Nantes Université, CReAAH-LARA
  • Emilia Philippot, conservatrice en chef du patrimoine, cheffe du département scientifique et des collections, musée Rodin
  • Véronique Mattiussi, cheffe du service de la Recherche, musée Rodin
  • Franck Joubin, documentaliste, chargé des colloques, musée Rodin

 

En partenariat avec Nantes Université, le Laboratoire de recherche ARchéologie et Architectures et le Centre de recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire. 

 

 

Visuel : Eugène Druet, Le Monument des Bourgeois de Calais sur un échafaudage, 1913, épreuve gélatino-argentique, 39,9 x 30 cm, Paris, musée Rodin, donation Rodin en 1916, Ph.00938.