Rodin et les danseuses cambodgiennes

Du 16 juin au 17 septembre 2006

Sa dernière passion

Rodin eut un véritable coup de foudre pour l’esthétique de cet art, enthousiasmé par la pureté et la grâce des expressions, il abandonna tout précipitamment suivant les danseuses du ballet royal jusqu’à Marseille d’où elles devaient embarquer pour le Cambodge.

Il exécuta alors en une semaine environ 150 dessins, retranscrivant ou interprétant les poses du ballet, avec une fascination évidente pour les bras et les mains, dessins qu’il aquarella par la suite dans des harmonies subtiles, d’un rare raffinement.

 

C’est dans le contexte de l’exposition coloniale de Marseille que se déroule la première représentation du ballet royal du Cambodge. Sisowath 1er vient d’être couronné roi du Cambodge et il effectue le premier voyage d’un souverain cambodgien en France, celle-ci contrôle le Cambodge depuis juin 1884, nous sommes en pleine apogée de la France coloniale. L’exposition universelle de 1900 avait attiré 48 millions de visiteurs ! Les organisateurs réalisent le formidable impact de celle-ci sur le public, c’est l’outil principal de la propagande coloniale. À l’exposition de Marseille, la section consacrée à l’Indochine est la plus grande des sept sections.

 

Lorsqu’il rencontre la troupe pour la première fois en juillet 1906, lors de son passage à Paris pour la représentation exceptionnelle au théâtre du Pré Catelan, Auguste Rodin reçoit comme une révélation la pérennité et l’universalité des mouvements de cette danse pourtant inconnue, qui ancrent celle-ci comme la manifestation d’un grand principe, celui de l’« unité de la nature » à travers le temps et l’espace. C’est un véritable choc et il entame immédiatement une première série de dessins, mais les danseuses sont attendues, Rodin quitte tout, n’emportant ni papier ni matériel à dessiner et il les accompagne à Marseille ; il accomplit alors une série d’études de mouvements et de drapés féminins qui comptent parmi les phares de son art.

 

La place que Rodin accorda à cette série unique, l’exposant dans les lieux les plus prestigieux, témoigne de sa conviction qu’il dispose désormais de moyens graphiques suffisamment élaborés pour atteindre par le dessin à l’égal de la sculpture, cette sensualité divine qu’il vénère dans l’antique. Cette série exceptionnelle est ici montrée pour la première fois dans son intégralité.