Si Rodin reste aux yeux du public un sculpteur, ses dessins sont, dit-il, « la clé de mon œuvre ». L’exposition Rodin, Dessiner, Découper, révèle au public près de deux cent cinquante dessins au sein desquels quatre-vingt dix ont pour particularité le découpage et l’assemblage de figures. Jouant de la mise en espace de ces corps, ce procédé révèle des silhouettes découpées audacieuses et un dynamisme d’une grande modernité. Cette exposition annonce un des modes d’expression novateurs du XXe siècle.


« J’ai une grande faiblesse pour ces petites feuilles de papiers ». C’est ainsi que Rodin manifestait son attachement à son œuvre dessiné. Dès ses débuts, Rodin réalise – de façon indépendante de ses sculptures – des dessins qu’il exécute d’après le modèle vivant. Il présente ses dessins dans toutes les expositions qui lui sont consacrées, d’abord à Bruxelles, Amsterdam, Rotterdam, La Haye en 1899, puis Paris en 1900, Prague en 1902 ou encore Düsseldorf en 1904. Le musée conserve la majeure partie de cet œuvre dessiné, environ 7500 feuilles.

Un mode opératoire inédit : dessiner, découper

Rodin soumet ses dessins faits d’un premier jet à diverses métamorphoses. Il décalque ses dessins, repère le trait qui lui convient, pose la couleur en utilisant l’aquarelle, découpe ses figures, les replace, les assemble à d’autres figures et construit progressivement un dispositif inattendu.

Deux femmes nues de profil dont l’une est agenouillée

crayon graphite (trait et estompe) et aquarelle sur deux papiers découpés et collés sur papier vélin 

Femme nue assise, un vêtement sur les épaules

crayon graphite et aquarelle sur papier vélin découpé 

Masque de Minos

vers 1883, crayon graphite, encre (plume et lavis) et gouache sur papier découpé collé sur papier vélin 

La prière s’élève de l’âme du croyant

1883-1889, crayon graphite, encre (plume et lavis), gouache sur papier découpé collé sur papier réglé, 

Deux femmes nues de profil dont l’une est agenouillée

1880-1889, crayon graphite, encre (plume et lavis), gouache et collage sur papier découpé et collé sur papier vélin imprimé 

Couple de femmes

Crayon graphite et aquarelle sur papier vélin 

Femme nue agenouillée, de face

crayon graphite (trait et estompe) et aquarelle sur papier vélin 

Femme nue agenouillée, de face

crayon graphite et aquarelle sur papier vélin découpé 

Deux femmes enlacées

1912, crayon graphite sur papier calque 

Deux femmes enlacées

crayon graphite et aquarelle sur deux papiers découpés et collés sur papier vélin 

Dès ses jeunes années, Rodin procède au découpage de dessins et croquis qu’il colle dans des albums. Entre 1900 et 1910, il découpe une centaine de dessins de nus aquarellés qui sont le cœur de cette exposition. En les découpant, Rodin aime à les manipuler, les situer dans l’espace de multiples façons, les découper de manière volontairement approximative.

Il joue avec les petites figures de papier qui sont l’équivalent de ses figures en plâtre. En mettant en relation ces découpages avec le caractère tridimensionnel de la sculpture, les figures découpées apparaissent comme un nouvel « objet » entre le dessin bidimensionnel et la sculpture.

Dans une autre série, Rodin exécute à partir de ses figures découpées de véritables assemblages qu’il fixe lui-même sur un nouveau support, entrelaçant les corps dans une nouvelle composition. Dessinés et découpés, ces dessins ne sont pas de simples accessoires techniques : ils ont conquis leur statut d’œuvres à part entière. Le dynamisme des silhouettes annonce la modernité de Matisse.

Commissariat

Sophie Biass-Fabiani, conservateur du patrimoine