Masques et tissus d'Egypte

Du 27 septembre 2005 au 29 janvier 2006

Rodin et sa collection

Le musée Rodin expose pour la première fois, dans la pénombre du cabinet des arts graphiques, des masques funéraires en stuc gréco-romains et des tissus coptes de la collection du sculpteur.

 

Rodin devient collectionneur d’antiques au début des années 1890, alors que l’occident découvre les richesses de l’Égypte post-pharaonique, un art de métissage enrichi par les apports gréco-romains, coptes puis islamiques. Il acquiert sur le marché de l’art parisien masques et tissus, ces objets-phares qui constituent les repères d’une époque dans l’Égyptologie moderne et sont liés par la chronologie, les sites et les découvreurs.

Dans l’imaginaire collectif, leur mise au jour attise l’ancestrale fascination pour la momie.

 

Dès les années 1880, apparaissent les premiers masques et portraits dit « du Fayoum ». Les fouilles se multiplient, à Akhmîm sous la direction de Gaston Maspéro, au Fayoum, avec l’archéologue Flinders Petrie, suivi par les marchands Theodor Graf et Nicolas Tano. A partir de 1896, Albert Gayet œuvre sur le site d’Antinoé, à la demande de l’industriel Émile Guimet qui présente les premiers masques au public dès 1898 dans son musée parisien.

Les masques circulent désormais sur le marché de l’art, éveillant autant de passion chez Rodin que chez ses contemporains, amateurs éclairés, artistes et autres collectionneurs, son ami le peintre Léon Bonnat, Henri Matisse ou encore Sigmund Freud.

 

Le grand public découvre les tissus coptes lors de l’Exposition Universelle de 1900 : l’engouement est immédiat. Albert Gayet présente ses découvertes au Palais du costume alors que Rodin organise, sur l’autre rive de la Seine, au pavillon de l’Alma, sa grande exposition monographique. Dès 1902, l’actrice Sarah Bernhardt apparaît dans la pièce de Victorien Sardou Théodora, vêtue d’une « tunique et d’un châle coptes ». Le couturier Mario Fortuny s’empare de la richesse des motifs, et à sa suite, les peintres fauves, Henri Matisse et Georges Rouault.

 

Dès les années 1902-1903, Rodin achète chez les antiquaires parisiens les premiers masques et tissus qu’il expose, parmi ses œuvres et sa collection d’antiques, à la Villa des Brillants à Meudon. A sa mort en 1917, il ne possède pas moins de vingt portraits en stuc dont quatorze sont aujourd’hui présentés au public. Nous avons choisi d’exposer une trentaine de fragments d’étoffes parmi la centaine conservée en réserve. Des photographies anciennes et des archives de l’époque témoignent de l’histoire de ces œuvres du vivant de l’artiste.

 

Rodin intègre les masques et les tissus à sa collection naissante, nouveau matériau qui nourrit son imaginaire et se superpose à son œuvre sculptée et dessinée grâce au jeu des correspondances.

Ainsi sont également montrés trois de ses dessins d’architecture dont Rodin comparait les tracés à la « belle simplicité décorative [de] la passementerie copte ». Nous proposons aussi d’associer le masque en pâte de verre de l’actrice Hanako, portrait surnaturel, aux antiques visages égyptiens qui fascinaient tant l’artiste : « Ces têtes de terre ont la tristesse touchante, et l'expression générale de leurs lignes vous saisit profondément.» .