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QUI MARCHE Antoinette Le Normand-Romain |
L'Homme qui marche 1900 - 1907 bronze 213,5 x 71,7 x 156,5 cm S.998 Photo: A. Rzepka |
En 1877, Rodin laisse L'Age d'airain le bras levé sans préciser le sens de son geste ; en 1880, il enlève sa croix à Saint Jean-Baptiste : sa démarche le conduit à supprimer toujours ce qui lui semble superflu ou ce qui donne à l'oeuvre un sens trop évident. En 1896 et 1897, il expose ainsi à Stockholm, Dresde et Paris sa grande Voix intérieure aux bras coupés, au genou droit abattu, en affirmant qu'elle était cependant, à ses yeux, parfaitement achevée. C'était la première fois qu'il reconnaissait de façon aussi nette le statut d'oeuvre aboutie à une figure en apparence inachevée. Il le réaffirma peu après avec L'Homme qui marche, souvent considéré comme le symbole de la création pure enfin débarrassée du poids du sujet. Image même du mouvement, dont il est toutefois une reconstitution intellectuelle ("C'est l'artiste qui est véridique et c'est la photographie qui est menteuse, disait Rodin ; car dans la réalité le temps ne s'arrête pas", L'Art, 1911), le petit Homme qui marche était passé presque inaperçu en 1900, et il fallut attendre 1911 pour qu'un groupe d'amateurs fasse fondre, afin de l'offrir à l'Etat français, un premier bronze (musée d'Orsay) de la grande version exposée au Salon de la Société nationale de 1907. Entre-temps la petite version, juchée au sommet d'une haute colonne, avait présidé au banquet offert à Rodin dans les bois de Vélizy, le 30 juin 1903, pour sa promotion au grade de commandeur de la Légion d'honneur. La figure était née de l'assemblage d'une étude des jambes du Saint Jean-Baptiste et d'un torse, probablement lié à celui-ci lui aussi, retrouvé fissuré, accidenté, après des années d'oublis. Aussi la considère-t-on parfois comme une étude pour Saint Jean-Baptiste alors que c'est l'inverse qui est vrai : elle en est l'aboutissement ; pour Rodin la réduction à l'essentiel constitue le chemin de la perfection.
Stephen Haweis & Henry Coles
L'Homme qui marche
1903 - 1904
tirage à la gomme bichromatée
23,5 x 17 cm
Ph. 392
Le modelé lisse des jambes contraste avec les crevasses du torse, ce qui accentue la référence à l'antique. Celle-ci est également très nette dans la Muse du monument à Whistler (1908), La Prière et le Torse de Jeune fille cambrée (exposés en 1910) cette dernière offrant une perfection plastique qui l'égale aux chefs d'oeuvre gréco-romains. Après 1900 Rodin porte un nouveau regard sur l'antique, et il est certain que l'état fragmentaire dans lequel nous sont parvenues la plupart des sculptures gréco-romaines n'avait pas été sans influence sur sa propre réflexion. Il avait remarqué que cela ne diminuait en rien leur beauté ni leur pouvoir d'expression : "Voilà une main... cassée au ras du poignet, elle n'a plus de doigts, rien qu'une paume, et elle est si vraie, admirait-il, que pour la contempler, la voir vivre, je n'ai pas besoin des doigts. Mutilée comme elle est, elle se suffit malgré tout parce qu'elle est vraie" (A. Rodin, "La leçon de l'antique", Le Musée, 1904). Ou encore : "La vie est dans le modelé, l'âme de la sculpture est dans le morceau ; toute la sculpture est là" (cité par G. Coquiot, Rodin à l'hôtel de Biron et à Meudon, 1917).
Torse de jeune femme cambrée
1910
bronze
86 x 48,1 x 32,2 cm
S.1064
Photo : E. & P. Hesmerg
Le sculpteur - Les uvres de jeunesse - La Porte de l'Enfer & les uvres
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