![]()
![]()

PEINTRE ET GRAVEUR
Claudie Judrin
Petite sablière dans la forêt de Soignes
entre 1871 et 1877
huile sur papier marouflé
28 x 36,5 cm
P.7218
Rodin peint avant de sculpter et semble hésiter dans sa toute jeunesse entre les deux. Son goût primordial pour le dessin l'engage à essayer l'huile. C'est sans aucun doute à la Petite Ecole de la rue de l'Ecole-de-Médecine qu'il apprend l'anatomie du corps humain. Les nus des ateliers sont ses premiers modèles autour de 1855. Viennent aussi les portraits dont ceux des proches : le père de Rodin Jean-Baptiste, un de ses amis Abel Poulain et Mme Rodin. Il fait même son Autoportrait plus tardivement entre trente et quarante ans. L'animal tente peu son pinceau à l'exception d'un Cheval vu au marché Saint-Marcel alors qu'il loge 96 rue Lebrun, en 1864.
Comment s'initier à la peinture sans copier ! C'est en Belgique où il se réfugie après la guerre de 1870 que Rodin peint avec le plus de plaisir des Rubens telle la Crucifixion d'après le Coup de lance du musée d'Anvers. La forêt de Soignes dans les environs de Bruxelles l'attire volontiers entre 1871 et 1877. Il compose sur le motif de nombreux petits paysages collés sur carton, d'une inspiration très libre qui évoque celle du lyonnais Auguste Ravier, précurseur de l'impressionnisme, au charme discret mais non sans audace.
A son retour de Belgique, Rodin se voit contraint par nécessité d'entreprendre des travaux décoratifs à la manufacture de Sèvres. Dans le même temps, l'aquafortiste Alphonse Legros, réfugié à Londres, lui enseigne l'art d'attaquer le cuivre avec la pointe-sèche, technique la plus proche du dessin. Rodin retrouve Legros en Angleterre, en 1881 et une plaque gravée sur les deux faces par l'un et par l'autre témoigne de leur étroite collaboration. Les Amours conduisant le monde répondent à une étude barrée, probablement unique d'une Tête de femme de Legros. Femme, amours, centaures constituent le répertoire familier de l'auteur de la Porte de l'Enfer.
Les thèmes sont alors communs au sculpteur, au céramiste, au dessinateur et au graveur.
Le succès de ses bustes et une maîtrise totale de la pointe-sèche engagent Rodin à graver d'après sa sculpture. Il n'hésite pas à « rassembler les profils » sur un cuivre en plaçant côte à côte le visage de trois-quarts et les deux profils de l'écrivain Henry Becque. Il tire parti de ses repentirs en n'effaçant pas ses recherches mais en les juxtaposant. Le portrait du poète Victor Hugo de trois quarts en est le plus bel exemple.
Extrait de l'ouvrage Rodin - Le musée et ses collections aux éditions Scala, Paris, 1996.
Collections - Rodin sculpteur - Rodin dessinateur - Rodin peintre et graveur - Rodin collectionneur - Meudon - Archives - Photographies - Camille Claudel