Un jardin de sculptures

Antoinette
Le Normand-Romain
S1014
Orphée
1892
bronze
145,7 x 103,5 x 115,5 cm
S.1014
Photo : J. Manoukian

Le jardin de l’hôtel Biron occupe une superficie de trois hectares ; il se partage entre une roseraie, au nord de l’hôtel, et un grand parterre, au sud, qui a été réaménagé en 1993. Plusieurs projets furent alors envisagés : restituer les motifs de broderie qui l’ornaient au milieu du XVIIIe siècle, ou recréer l’espace sauvage que connut Rodin, envahi de ronces et de pommiers sauvages sous lesquels couraient des lapins “comme dans les tapisseries médiévales” (Rilke) ; c’est en fin de compte la proposition de l’architecte-paysagiste Jacques Sgard qui l’emporta : tout en respectant le bassin, le tapis vert et les alignements de tilleuls, ce projet-ci faisait revivre le thème naturaliste cher au XVIIIe siècle.

Dans ce cadre rénové, les sculptures sont présentées en grand nombre. Tandis qu’Adam, Eve, la Méditation et le Génie du repos éternel rythment l’entourage du bassin, les bronzes se sont multipliés : Orphée, la Muse Whistler, Bastien Lepage, les Trois Ombres, les deux Cariatides, les grandes études pour les Bourgeois de Calais… ont occupé progressivement tout l’espace disponible. Le jardin a également accueilli des expositions de sculpture contemporaine et notamment l’Hommage aux tilleuls et à Rodin de François Morellet.

S1299
Eve
1890 - 1891
bronze
173,5 x 66,5 x 75,5 cm
S.1299
Photo : J. Manoukian

Les premiers bronzes avaient été mis en place dans les jardins avant la première guerre mondiale. Au grand Penseur offert par un groupe d’admirateurs pour être érigé devant le Panthéon en 1906 et transféré avec son socle au musée Rodin en 1922, s’ajoutèrent l’agrandissement d’Ugolin installé au milieu du bassin en 1927, puis la Porte de l’Enfer, le second exemplaire en bronze fondu en 1929 mais monté en 1937 seulement, et les Bourgeois de Calais (1937). Le Balzac, qui est également une fonte ancienne, antérieure à 1936, ne fut mis en place que bien plus tard. Quelques marbres contribuaient également à l’ornementation du jardin : parmi ceux-ci le plus important est le Monument à Victor Hugo, inauguré en 1909 dans les jardins du Palais-Royal dont il fut retiré en 1933 pour être envoyé au musée Rodin. Soumis aux effets de l’humidité, les marbres se couvraient de mousse et se détérioraient peu à peu. En 1995 on décida donc de les mettre à l’abri dans la Galerie des marbres désormais fermée par de grandes baies vitrées : aujourd’hui les visiteurs admirent les sculptures depuis l’extérieur tandis que les feuillages et la façade de l’hôtel se reflètent dans les vitres, créant une ambiance poétique.

S1300
La grande Ombre
1902 - 1904
bronze
191 x 111 x 55,5 cm
S.1300
Photo : J. Manoukian

Cette nouvelle présentation a permis d’augmenter le nombre des œuvres exposées et de les regrouper par thèmes : la dernière travée est ainsi consacrée à Victor Hugo, la figure du poète étant dominée par la Muse tragique qui se penche au-dessus de lui pour lui souffler l’inspiration, comme dans le projet de monument exposé en 1897. De leur côté les bronzes bénéficient d’un entretien régulier qui a pour but de préserver les patines anciennes. Cette action, commencée en 1993 avec Balzac, s’est étendue progressivement à l’ensemble des sculptures du jardin.

Comme au début du siècle, quelques statues antiques, achetées par Rodin auprès des antiquaires parisiens, se mélangent et se confrontent aux œuvres du sculpteur.
Tout d’abord, la “merveille” de sa collection, une statue d’Hercule acéphale, d’époque romaine qui fit dire à Rodin: “Cet Hercule si fièrement cambré se présente ainsi sans nulle affectation. Il est saisi à un moment où nul ne le regarde : chacun de ses muscles frémit du désir de s’exercer, mais aucune partie de son être ne se manifeste pour se proposer à l’admiration. C’est en cela encore que l’art antique se distingue profondément de l’art académique, qui s’en réclame illégitimement.”
Cà et là, des torses d’hommes et de femmes nues, copies d’époque romaine ou moderne, d’après des œuvres grecques, sont présentés tels que Rodin les aimait, mis en scène dans le cadre de la nature et modelés par la lumière du jour. “La nature et l’antique, ce sont les deux grandes sources de vie pour un artiste. Et d’ailleurs l’antique, c’est la nature. C’en est la vérité et le sourire” (Rodin)

Co1107
Hercule acéphale
réplique romaine d'un modèle grec du IVème siècle
marbre
183 x 103 x 55 cm
Co.1107
Photo : J. Manoukian

Au fond du jardin, terminant la perspective, une terrasse et une charmille adossée à un treillage dissimulent un espace réservé au jeu des enfants. Dans cette palissade de verdure sont pratiquées trois ouvertures reprenant les proportions des trois baies centrales de l’hôtel Biron ; elles contribuent à donner l’impression de profondeur.

Les jardins - Informations pratiques - Les plantations - Un jardin de sculptures