Auguste Rodin (1840 -1917)

Le Penseur

Monumental

1903

Bronze

H. 189 cm ; L. 98 cm ; P. 140 cm

S.2838

Créé dès 1880 dans sa taille d’origine, environ 70 cm, pour orner le tympan de La Porte de l’Enfer, Le Penseur était alors intitulé Le Poète : il représentait Dante, l’auteur de La Divine Comédie qui avait inspiré La Porte, penché en avant pour observer les cercles de l’Enfer en méditant sur son œuvre. Le Penseur était donc initialement à la fois un être au corps torturé, presque un damné, et un homme à l’esprit libre, décidé à transcender sa souffrance par la poésie. Pour sa pose, cette figure doit beaucoup à l'Ugolin de Jean-Baptiste Carpeaux (1861, musée d'Orsay, Paris) et au portrait assis de Laurent de Médicis sculpté par Michel-Ange (1526-1531, Chapelle des Médicis, Église San Lorenzo, Florence).

 

Tout en gardant sa place dans l’ensemble monumental de La Porte, Le Penseur fut exposé isolément dès 1888 et devint ainsi une œuvre autonome. Agrandi en 1904, il prit une dimension monumentale qui accrut encore sa popularité : cette image d’un homme plongé dans ses réflexions, mais dont le corps puissant suggère une grande capacité d’action, est devenue l’une des sculptures les plus célèbres qui soient.

 

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Auguste Rodin (1840 -1917)

Idylle, dite Idylle Antony Roux

Avant 1887

Bronze

H. 48,1 cm ; L. 30 cm ; P. 31 cm

S.1118

Fonte unique, fonte au sable réalisée par Griffoul et Lorge en juillet 1891

Collectionneur particulièrement exigeant, Antony Roux avait obtenu de Rodin un engagement garantissant qu’il ne serait pas fait d’autre fonte de ce sujet et que le moule serait brisé. Cette fonte est donc le seul exemplaire, tous matériaux confondus, de ce groupe lié aux recherches pour la Porte de l’Enfer. Il se situe dans un esprit proche des Métamorphoses d’Ovide et de la Jeune mère à la grotte. Le groupe était à l’origine composé de deux femmes et c’est Antony Roux qui souhaita que Rodin transformât l’une des femmes en homme. L’œuvre tend ici vers le haut-relief et la grotte vient envelopper les deux personnages enlacés. Ce petit groupe marqua la critique qui décrivit le plâtre exposé en 1889 à la Galerie Georges Petit comme l’expression de la passion « par tout l’organisme, le corps entier concourant au rendu intense. »

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Auguste Rodin (1840 -1917)

Arthur-Jérôme Eddy

1898

Bronze

H. 45 cm ; L. 49 cm ; P. 29 cm

S. 1305

Fonte au sable réalisée par Alexis Rudier entre 1910 et 1913 ? 

Signé A. Rodin à l’avant, à gauche, au bas des plis du vêtement. Marque A. Rodin en relief à l’intérieur. Inscription ALEXIS . RUDIER FONDEUR . PARIS à l’arrière, à droite.


Arthur-Jérôme Eddy (1859-1920) fut le premier modèle américain de Rodin. Juriste, il était proche de nombreux artistes, comme James Abbott McNeill Whistler (1834-1903), ou plus tard de Wassily Kandinsky (1866-1944) et Francis Picabia (1879-1953), dont il collectionnait les œuvres. James Abbott McNeill Whistler réalise son portrait à Paris en 1893, assurant dès lors au modèle une certaine notoriété.

 

Arthur-Jérôme Eddy fait appel à Rodin en 1898 pour exécuter son buste. Cette tête jeune, aux traits fins, au visage dégagé, est posée sur un buste vêtu d’une chemise au col relevé, fermé par un nœud ainsi que d’un gilet et d’une veste. Sous un aspect un peu conventionnel, le modelé du costume montre cependant une grande finesse de travail. Ce buste témoigne également d’un tournant dans la carrière de Rodin et de son accession à un nouveau type de clientèle internationale autour de 1900.

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Auguste Rodin (1840 -1917)

Buste de Victor Hugo dit « A l'Illustre Maître »

1883

Bronze

H. 48,5 cm ; L. 29 cm ; P. 30,5 cm

S.36

Rodin fit don de cette oeuvre à Victor Hugo. Le musée Rodin l'acquit en 1928 de Marguerite Hugo, arrière-petite-fille du modèle, grâce au banquier et collectionneur David David-Weill.

En 1883, le journaliste Edmond Bazire conseilla à Rodin de faire le portrait d’un homme célèbre pour se faire connaître. Il le présenta à Victor Hugo qui refusa de poser mais ouvrit au sculpteur les portes de sa demeure de l’avenue d'Eylau à Paris et lui permit de faire quelques croquis pris sur le vif, au cours de ses repas ou de ses siestes.

 

Rodin dessina dans le creux de sa main, sur du papier à cigarettes, une série d'esquisses de la tête du poète, avant de se précipiter dans la véranda, où il avait installé sa selle de sculpteur, pour reproduire dans la terre ce qu’il avait saisi sur le papier.

 

Le portrait fut achevé deux ans avant la mort de Victor Hugo. Rodin, qui depuis toujours vouait une grande admiration aux poètes comme Dante ou Baudelaire, inscrivit à la base du cou, comme un ultime hommage, la dédicace « A l’illustre maître ».

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Auguste Rodin (1840 -1917)

Torse de jeune femme cambrée

Grand modèle

1909

Bronze

H. 86 cm ; L. 48,1 cm ; P. 32,2 cm

S.1064 /Lux.263

Fonte réalisée par la fonderie Alexis Rudier en 1910 et achetée par l'Etat français. Oeuvre déposée au musée du Luxembourg en 1911 puis au musée Rodin en 1919.

Ce torse est issu d’une figure entière, connue sous le nom de Damnée foudroyée.

 

Agrandi dans un deuxième temps, il met davantage encore en valeur la cambrure du dos et la poitrine. Les résidus de matière, disposés sur les hanches, correspondent à l’emplacement des mains telles qu’elles étaient placées sur la petite figure d’origine. Rodin choisit de les conserver, comme les traces du travail et d’un état antérieur.

 

Une telle démarche s’inscrit dans la réflexion, menée par l’artiste vers 1890-1895, autour du fragment et de la réduction des formes à l’essentiel. Il ne s’agit pas en effet pour Rodin de ne pas finir, de laisser sa figure incomplète, mais de retirer ce qui n’est pas strictement nécessaire à son expression pour lui donner plus de force.

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Auguste Rodin (1840 -1917)

Tête de la Douleur

Vers 1903-1904

Bronze

H. 21,7 cm ; L. 22,5 cm ; P. 27 cm

S.1127 /Lux.152

Fonte réalisée par la fonderie Alexis Rudier en 1908 suite à une commande de l'Etat français. Déposée au musée du Luxembourg, puis au musée Rodin en 1918.

Les techniques de découpage et d’assemblage ont toujours été employées par les artistes, mais Rodin en fit un usage particulièrement audacieux, n’hésitant pas à exposer des fragments comme des œuvres à part entière. C’est ainsi que la tête de l’un des fils d’Ugolin, qui est aussi celle de L’Enfant prodigue, fut isolée et agrandie vers 1904 pour devenir la Tête de la douleur, qui semble pousser un grand cri de lamentation. L’agrandissement épure les formes en gommant les détails et donne aux œuvres une présence physique plus forte.

 

Pour Rodin le titre venait presque toujours après la création, et pouvait évoluer au fil du temps : traduite en marbre, cette œuvre est connue sous les titres Jeanne d’Arc, Orphée ou encore Tête de Méduse, qui révèlent tous l’influence du milieu symboliste dans lequel le sculpteur évoluait alors.

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Auguste Rodin (1840 -1917)

Saint Jean-Baptiste

1880

Bronze

H. 203 cm ; L. 71,7 cm ; P. 119,5 cm

S.999

Fonte réalisée par la fonderie Alexis Rudier en 1915 (?).

Cette figure est privée des attribut habituels, la croix et le phylactère, qui permettent de reconnaître le saint. Il ne reste que le geste de la main droite levée qui paraît suspendue dans l’espace, tandis que le visage émacié du saint décrit l'ascète qui prêche dans le désert. La démarche de Rodin est de supprimer toujours ce qui lui semble superflu ou ce qui donne à l'œuvre un sens trop évident.

 

Rodin rapporta comment l'idée de cette figure lui fut suggérée par un paysan des Abbruzzes, Pignatelli, venu se proposer comme modèle : "En le voyant, je fus saisi d'admiration ; cet homme fruste, hirsute, exprimait dans son allure (…) toute la violence, mais aussi tout le caractère mystique de sa race. Je pensai immédiatement à un Saint Jean-Baptiste, c'est-à-dire à un homme de la nature, un illuminé, un croyant, un précurseur venu pour annoncer un plus grand que lui. Le paysan se déshabille, monte sur la table tournante comme s'il n'avait jamais posé ; il se campe, la tête relevée, le torse droit, portant à la fois sur les deux jambes, ouvertes comme un compas. Le mouvement était si juste, si caractérisé et si vrai que je m'écriai : « Mais c'est un homme qui marche! » Je résolus immédiatement de faire ce que j'avais vu." (Dujardin-Beaumetz, 1913).

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Auguste Rodin (1840 -1917)

Muse Whistler nue, bras coupés

1908

Bronze

H. 223,5 cm ; L. 90 cm ; P. 109,5 cm

S.3005

Fonte réalisée en 1986 par la Fonderie de Coubertin, pour les collections du musée Rodin.

En 1905, le projet d'un monument au peintre James McNeill Whistler (1834-1903) fut confié à Rodin, élu à l'unanimité, en 1903, président de l'International Society of Painters, Sculptors and Gravers fondée par Whistler en 1897. Rodin choisit d’évoquer le génie du peintre non pas à travers la représentation traditionnelle d’un portrait, d’une effigie ou de scènes historiques, mais par une figure allégorique, une « Muse grimpant à la montagne de gloire », pour laquelle posa une jeune artiste peintre anglaise, Gwen John.

 

Ce parti-pris, nouveau dans la conception du monument public, aboutit à la création d’une grande figure nue et sans bras, exposée au Salon de la Société nationale des beaux-arts où elle fut critiquée pour son aspect inachevé. À la mort de Rodin, le monument n’était pas prêt et le comité londonien refusa la statue.

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Auguste Rodin (1840 -1917)

Monument à Victor Hugo, deuxième projet, esquisse

ou L'Apothéose de Victor Hugo

1891

Bronze

H. 116 cm ; L. 52 cm ; P. 63 cm

S.1066

Fonte réalisée par la fonderie Alexis Rudier en 1926 pour les collections du musée.

Après le refus de son premier projet représentant Victor Hugo assis accompagné des muses, jugé trop confus par la commission en juillet 1890, Rodin fait une nouvelle proposition pour le Panthéon : le poète apparaît cette fois debout et vêtu, appuyé à une pyramide de rochers, regardant par delà la mer. Les sirènes, issues de La Porte de l’Enfer, s’agitent à la base, tandis qu’un génie ailé en position plongeante surplombe le poète, à la manière d’une muse inspiratrice.

 

Cette composition convenait davantage par sa monumentalité à l’espace immense du transept du Panthéon et devait s’accorder avec celle du Mirabeau d’Injalbert. Le monument ne verra cependant jamais le jour, mais Rodin en retiendra la figure debout du poète qu’il reprit, nue, et qu’il fit agrandir vers 1902.

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Auguste Rodin (1840 -1917)

Monument à Victor Hugo

dit du Palais Royal

1890

Bronze

H. 185 cm ; L. 285 cm ; P. 162 cm

S.6686

Fonte réalisée par la Fonderie de Coubertin en 1997 pour les collections du musée.

Après la mort de Victor Hugo en 1885, il fut question de lui élever un monument au Panthéon faisant pendant à celui dédié à Mirabeau et réalisé par Injalbert. C’est à Rodin que revint la commande en 1889.

 

Il choisit de représenter le Victor Hugo de l’exil, assis au bord des rochers de Guernesey, le bras tendu comme pour calmer les flots, image du poète méditant, mais aussi du défenseur des libertés républicaines. Le premier projet « qui manque de clarté et dont la silhouette est confuse » fut refusé à l’unanimité. En 1891, le directeur des Beaux-Arts le destina alors à un autre emplacement. Il prit finalement place dans les jardins du Palais Royal. À partir de 1890, Rodin travailla donc simultanément à deux projets, le premier, représentant Victor Hugo assis, le second, destiné au Panthéon, dans lequel le poète apparaît debout. Il représente Victor Hugo nu, sans artifice ni idéalisation comme il était coutume de le faire pour les grands hommes. Et c’est un corps marqué par le temps que Rodin modela, ce qui ne manqua pas de choquer ses contemporains.

 

Victor Hugo assis fut exposé en plâtre au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts de 1897, avec les deux muses inspiratrices, La Muse tragique et La Méditation ou Voix intérieure, qui accompagnaient déjà le poète dans les premières esquisses, mais qui ont disparu dans la version finale en marbre.

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