9- Figures agrandies

Rodin cherche également à explorer les possibilités créatives du passage à l’échelle monumentale. Il fait recourir à l’usage du pantographe, machine conçue initialement pour réduire les sculptures en vue de leur édition, mais que l’on peut utiliser dans l’autre sens, pour agrandir une esquisse. Rodin découvre cet usage à la fin des années 1890, et fait alors procéder à l’agrandissement de figures issues de ses recherches pour le Monument à Victor Hugo.

Ainsi naissent La Voix intérieure (l’une des muses du poète, dérivée de La Méditation de La Porte de l’Enfer) et Iris, messagère des dieux, dont l’audace saute littéralement aux yeux du spectateur : ce fragment d’une étude de femme allongée, agrandi, basculé en position verticale et posé sur un socle de sorte à tenir en l’air, semble projeter vers nous le sexe que révèlent ses jambes écartées. L’Homme qui marche (exposé dans le hall), Le Penseur (dans le jardin) ou La Femme accroupie ont tous été réinventés par le passage à l’échelle monumentale, qui simplifie leur modelé tout en accroissant l’impact physique de leur présence.

Torse de jeune femme cambrée - © Musée Rodin - Photo : Christian Baraja

En 1910, Rodin expose ensemble le Torse de jeune femme cambrée et La Prière, qui résultent tous deux de l’agrandissement d’éléments sortis de La Porte. Il montre par là que ses recherches rejoignent pour une part celles de sculpteurs plus jeunes, tels Charles Despiau (1874-1946), Aristide Maillol (1861-1944) ou Constantin Brancusi (1876-1957), qui s’efforcent d’atteindre une certaine épure formelle, laquelle est l’une des voies de la modernité.

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