1- Les Débuts de Rodin

Né à Paris en 1840, Rodin se forme au métier de sculpteur à la Petite École (devenue l’École nationale supérieure des Arts décoratifs). Il échoue au concours d’entrée à l’École des Beaux-Arts et commence sa carrière au début des années 1860 en travaillant dans divers ateliers. Les plus anciennes œuvres conservées sont des portraits de proches, peints ou sculptés : ses modèles sont alors son père, sa compagne Rose Beuret ou encore le Père Eymard, fondateur d’une communauté religieuse dans laquelle Rodin envisage d’entrer, en 1863. En 1871, il s’installe à Bruxelles pour suivre son patron, Albert Carrier-Belleuse. Il passe six ans en Belgique, s’essayant à la peinture de paysage au cours de ses promenades. Il y crée de nombreux bustes décoratifs, comme L’Orpheline alsacienne, mais aussi ses premières œuvres importantes : L’Homme au nez cassé et surtout L’Âge d’airain.

L'Âge d'Airain - © Musée Rodin - Photo Christian Baraja

Rodin expose cette grande figure en pied à Bruxelles puis à Paris, où il revient s’installer, en 1877. Plusieurs critiques saluent la qualité de son modelé, mais certains laissent entendre que l’artiste aurait eu recours au moulage sur nature. Se sentant offensé, Rodin se défend et parvient à faire acheter son plâtre par l’État en 1880. Saint Jean-Baptiste, créé à la toute fin des années 1870, marque une étape dans le développement artistique de Rodin. La bouche entrouverte, les cheveux en désordre et la nudité du saint, dévoilant une musculature sèche, en font une saisissante image de prédicateur exalté marchant dans le désert. Rodin revient à Paris en 1877 avec l’espoir de s’imposer sur la scène artistique. Déçu par la réception de L’Âge d’airain, il se remet au service de Carrier-Belleuse.

Idylle d'Ixelles - © Musée Rodin - Photo Christian Baraja

Sur un dessin de son maître, il modèle les figures masculines qui ornent le piédestal de la Jardinière aux Titans, inspirées des œuvres de Michel-Ange qu’il a vues en Italie en 1876. C’est encore Carrier-Belleuse qui le fait entrer à la Manufacture de Sèvres, dont il est le directeur artistique. Rodin s’y essaye avec brio aux techniques de décoration sur porcelaine. Il poursuit dans la veine décorative qui avait constitué une part importante de sa production en Belgique. Un ensemble d’œuvres en terre cuite constitue un bon exemple des techniques traditionnelles qu’il avait apprises, et qu’il utilisera tout au long de sa carrière. Ces groupes sont composés par assemblage de deux figures, une Vénus assise et un petit Amour, reproduites par moulage et déclinées en multiples variantes. Plus tardive et plus ambitieuse, l’Idylle d’Ixelles relève de la même esthétique inspirée du XVIIIe siècle.