4- Les années 1880

La Porte de l’Enfer est un creuset où Rodin mêle d’innombrables personnages ; c’est aussi un prodigieux réservoir de formes où le sculpteur puisera tout au long de sa carrière.

Le petit groupe intitulé Fugit Amor, qui figure deux fois dans La Porte, fut ainsi exploité de manière isolée, monté sur diverses bases. Cette image tragique d’un homme emporté par une femme qui lui échappe perpétuellement connut un grand succès dès les années 1880.

Si L’Enfer de Dante est alors pour Rodin la source d’inspiration première, Baudelaire joue très vite un rôle fondamental. Le groupe Je suis belle, formé par assemblage de L’Homme qui tombe et de La Femme accroupie, témoigne de cette influence, puisque son titre reprend les premiers mots de La Beauté, l’un des poèmes des Fleurs du Mal.

De nombreuses oeuvres révèlent l’attention que Rodin porte à la représentation des états du corps, témoins de nos états d’âme et du passage du temps. Modelées pendant la grande phase créatrice de La Porte de l’Enfer, L’Idylle Antony Roux (du nom de son premier propriétaire) et Celle qui fut la Belle Heaulmière représentent ainsi deux images opposées du corps féminin, inépuisable sujet de fascination pour l’artiste.

Dans les bustes de cette période, Rodin fait preuve d’un grand talent de portraitiste. La variété des styles et des expressions est frappante, comme le montrent les deux images très différentes qu’il expose avec succès au Salon de 1882 : le buste de Carrier-Belleuse, très enlevé, contraste avec celui du peintre Jean-Paul Laurens, plein de dignité.

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