Éditorial

« Jeunes gens qui voulez être les officiants de la beauté, peut-être vous plaira-t-il de trouver ici le résumé d’une longue expérience. »

Portrait de Catherine Chevillot, directrice du musée RodinCommencement du testament artistique de Rodin, cette phrase pourrait figurer au fronton de son musée. C’est bien en effet d’abord pour les jeunes artistes que le sculpteur, adulé par l’Europe entière, poursuivit avec opiniâtreté son projet de fonder un musée consacré à son œuvre. Son ambition était de donner à voir : Rodin n’était pas un homme de discours et de conférences. Aux jeunes sculpteurs qui affluaient vers son atelier autour de 1900, il proposait non pas un enseignement, mais un temps de travail avec lui.

Donner à voir la sculpture, lui donner toute sa place, permettre au public de s’immerger dans cette appréhension particulière du monde, telle est la mission inchangée aujourd’hui du musée Rodin, de sa politique scientifique et culturelle, et même de son modèle économique. Notre temps d’images dématérialisées, d’espace virtuel et de « réalité augmentée » nous fait oublier la confrontation avec la matérialité des objets et des formes. Or la sculpture, par sa nature, ne se laisse jamais réduire à une image : il faut du temps pour l’apprécier dans toutes ses facettes et sous des lumières changeantes. Qu’elle porte l’empreinte des mains ou la trace de la recherche spatiale, la sculpture est d’abord un format, une matière, une masse, une couleur. Peut-être faut-il au spectateur d’aujourd’hui ces confrontations d’échelle, ces surgissements tangibles, ces objets palpables, pour qu’enfin il s’arrête et regarde, reprenne conscience de lui-même, de ses limites physiques dans l’espace réel.

La réalité sensible de la sculpture devait donc être au centre du projet de rénovation de l’hôtel Biron, entrepris début 2012. La confortation des structures et la mise aux normes techniques d’un édifice du XVIIIe siècle à bout de résistance ont été l’occasion de restaurer le bâtiment choisi par Rodin lui-même pour la présentation de son œuvre. Retrouver la particularité des ambiances lumineuses, chaleureuses et mouvantes, favoriser la confrontation personnelle du visiteur avec l’objet, voilà quelles ont été mes premières priorités.

La sculpture, l’affirmation de  sa réalité comme de sa poésie, de son histoire comme de sa modernité, ont donc guidé tous les choix lors de la rénovation : respect du lien de Rodin à cette architecture telle qu’il l’a connue et occupée, de l’interaction entre le jardin et les salles ; jeu de la lumière naturelle ; discrétion du dispositif muséographique, parcours simple alliant le chronologique et le thématique, qui se prolonge dans la nature paisible du jardin.

Donner au public les moyens de découvrir ou de mieux appréhender cet art est le fil conducteur de toute la politique des publics, de l’accessibilité matérielle aux dispositions d’aide à la visite en passant par le cartel : aussi trouvera-t-on de nouveaux outils de médiation (audioguides, médiation numérique…), une action volontariste en direction des publics prioritaires (handicap, champ social…), un effort particulier concernant la politique tarifaire afin que le musée reste accessible au plus large public possible.

Cette vaste entreprise n’aurait pas été possible sans l’aide de l’État et la collaboration étroite avec les services de la Direction générale des patrimoines ; sans l’engagement de nos mécènes, au premier rang desquels la Fondation Cantor : une très longue histoire nous a lié à Iris et B. Gerald Cantor, qui se manifeste aujourd’hui encore par une immense générosité. Ce renouveau nous a permis de créer aussi de nouveaux liens, comme avec la Fondation Ville et Patrimoine. Que tous les partenaires du musée trouvent également ici l’expression de ma gratitude.

La sculpture était au cœur du projet de création de musée d’Auguste Rodin, elle est au cœur du nouveau musée Rodin.

Catherine Chevillot
Directrice du musée Rodin