Rose Beuret

Rose Beuret
© Musee Rodin - Photo : Hervé Lewandowski

Auguste Rodin (1840 -1917)

Rose Beuret

Vers 1898

Marbre

H. 51,5 cm ; L. 41 cm ; P. 38 cm

S.987

Marbre pentélique, 1898
Praticien : Emile-Antoine Bourdelle
Signé, devant, en bas à droite : A. Rodin

Rose Beuret fut la compagne de toute la vie de Rodin, qui ne l’épousa que quelques semaines avant sa mort, en 1917. Simple blanchisseuse originaire de Champagne, elle rencontra Rodin lorsque celui-ci travaillait au fronton du théâtre des Gobelins, en 1864, à Paris. Elle donna naissance à un fils, Auguste, lui servit de modèle (Mignon, Bellone, L’Alsacienne), et à l’occasion, de garçon d’atelier, prenant soin des terres et des plâtres durant les absences du sculpteur. Au fil du temps et de la carrière de Rodin, un écart se creusa entre eux alors qu’ils ne partageaient plus que la simplicité rudimentaire d’une vie conjugale, sur laquelle Rose veillait. Une lettre d’Ernest Toussaint, établie à la demande de Bourdelle en 1919 (deux ans après la mort du sculpteur, archives du musée Bourdelle), nous informe que ce dernier en exécuta la taille en 1898. Rodin reprit un masque de Rose réalisé vers 1882 et l’inséra dans une composition plus large, comme le montre un plâtre sans doute moulé partiellement sur le marbre en cours d’exécution (S. 1747). Traité comme un haut-relief, le visage se détache du bloc peu dégrossi, dont la rugosité contraste avec la douceur et la souplesse de la peau. Le visage aux yeux clos, rarement montrés dans un portrait, trouve un écho dans le tableau d’Odilon Redon (Les Yeux clos, 1890, Paris, musée d’Orsay), et rappelle les propos du peintre face à l’Esclave mourant de Michel-Ange : « Il dort, et le songe soucieux qui passe sous ce front de marbre, met le nôtre dans un monde émouvant et pensant » (Redon 1961, p. 95). Rose semble se reposer. Le sentiment de paix et de sérénité de ce portrait, absent dans la version plus dramatique, voire morbide, du masque initial, traduit en pâte de verre en 1911, annonce les réalisations à venir de Constantin Brancusi, que ce dernier mènera jusqu’à l’abstraction.

Rose Beuret
© Musee Rodin - Photo : Hervé Lewandowski