Orpheline Alsacienne

Orpheline alsacienne, buste
© Musée Rodin - Photo : Christian Baraja

Auguste Rodin (1840 -1917)

Orpheline Alsacienne

1871

Marbre

H. 40 cm ; L. 22,4 cm ; P. 17,5 cm

S.6672

Marbre, vers 1878
Praticien : Henri Tréhard
Signé à l'arrière : A. Rodin

Le journaliste Truman H. Bartlett, qui publia en 1889 la première biographie de Rodin, rapporte une anecdote qui serait à l’origine de ce petit buste : au cours d’un séjour à Strasbourg en 1863, l’artiste aurait été inspiré par la vue d’une enfant dans une procession. Si l’on peut douter de la véracité de ce récit, il n’en indique pas moins l’ancienneté de ce sujet, qui pourrait être antérieur à 1871. Ce fut l’un des premiers succès de Rodin : nous savons qu’il l’exposa fréquemment entre 1871 et 1884, et qu’il en fit tailler plusieurs exemplaires par le praticien Tréhard (S. 1399 ; Reims, musée des Beaux-Arts ; Mexico, musée Soumaya). Le costume est représenté avec soin, notamment le col de dentelle, constitué de trous de profondeur variable percés au trépan. La douceur du traitement du visage met en valeur l’expression mélancolique de cette toute jeune fille, destinée à susciter l’attendrissement du spectateur. Les titres Enfant d’Alsace et La Petite Alsacienne, sous lesquels de tels bustes furent exposés, précédèrent celui de L’Orpheline alsacienne, qui semble n’apparaître qu’en 1882. Ce dernier titre fait plus ouvertement référence à la Défaite et aux malheurs de l’Alsace. Comme nombre de ses collègues, Rodin utilisa ponctuellement ce type de sujet à connotation nationaliste (voir le grand succès, par exemple, du tableau de Jean-Jacques Henner L’Alsace. Elle attend, en 1871), dont il ne faut cependant pas exagérer la portée politique. Rodin créa ainsi, au tournant des années 1870 et 1880, un buste intitulé La Lorraine (marbre, Bourges, musée du Berry), dont des variantes sont connues sous des titres tels que La Fille de Madame Angot ou L’Accordée de village, qui renvoient plutôt à la tradition des bustes féminins aimables, héritée du XVIIIe siècle, et à l’opérette de son temps.

Orpheline alsacienne, buste
© Musée Rodin - Photo : Christian Baraja