Rodin. Les figures d'Eros

Du 25 octobre 2006 au 18 février 2007

Dessins et aquarelles érotiques 1890-1917

Où se termine le nu ? Où commence l’érotisme ?

Si Rodin est reconnu comme l’un des pères de la sculpture moderne, son oeuvre graphique reste encore largement méconnue. Cette exposition, au travers de 140 dessins et aquarelles, exécutés entre 1890 et 1917 ainsi que 5 sculptures, présente tous les aspects du corps, du simple nu au plus érotique.

Dans les années 1880, les dessins de Rodin sont essentiellement liés à La Porte de l’Enfer avec la série des dessins « noirs » aux sujets sombres et tourmentés inspirés de Dante. À partir des années 1890, Rodin s’éloigne des thématiques littéraires et mythologiques pour se consacrer à la représentation du nu d’après le modèle vivant. Il réalise tout d’abord une série de dessins, les dessins dits de « transition », marquée par deux couleurs dominantes, le jaune et le rose ; puis, il s’attache à la représentation de grands nus féminins en puisant dans toute la palette des techniques du dessin pour exprimer la sensualité des corps : le dessin au trait, l'estompe, l’aquarelle et la gouache.

Rodin recherche la spontanéité et s’attache à saisir le geste dans l’instant. Pour cela, il utilise une méthode particulière : sans quitter le modèle des yeux, il laisse le crayon s’exprimer sur le papier afin de révéler la vérité du corps.

En aucun cas ces dessins, comme l’ensemble de son oeuvre graphique, ne constituent des travaux préparatoires à ses sculptures ; ce sont des oeuvres à part entière qui vivent par elles mêmes et enrichissent son champ d’expérimentation de la forme.

« Soyez en colère, rêvez, priez, pleurez, dansez. C’est à moi de saisir et de retenir la ligne qui me paraît vraie. »

(A. Rodin)

Les modèles qui se succèdent dans l’atelier de l’artiste se prêtent à la fois à des poses convenues et à des attitudes inédites : celles prises, par exemple, au moment où le modèle se déshabille et se coiffe. L’intimité et le climat de confiance qui règnent dans l’atelier de Rodin lui permettent de croquer ses modèles dans les positions les plus extravagantes, sans retenue, ni pudeur. Les modèles s’offrent à son regard, à sa curiosité dévorante pour la femme. Le corps dans tous ses états devient l’unique préoccupation de Rodin. Il demandera à ses modèles de prendre des poses acrobatiques et ira même jusqu’à embaucher des danseuses professionnelles.

Cette exposition pose la question de la nature du regard porté sur le corps : où se termine le nu, où commence la nudité et quels sont les enjeux esthétiques de l’érotisme. Celui-ci renvoie souvent, en effet, à des intérêts plastiques, propres à l’oeuvre tardive de Rodin. Car si, au-delà de leur charge érotique, ces dessins s’inscrivent la plupart du temps dans une recherche de la forme pure, l’érotisme se manifeste néanmoins comme une donnée essentielle, comme le moteur principal de sa démarche créatrice.