Rodin, la main révèle l'homme

Du 7 février au 28 mai 2006

A l’occasion de la sortie dans la collection Tout l’œuvre de l’album Rodin, la main révèle l’homme, le musée Rodin organise une présentation sur le thème de la main, cher à Rodin.

 

Rodin consacra beaucoup de temps à travailler les extrémités de ses figures, les mains en particulier, à en exploiter le pouvoir d’expression, qu’elles soient rattachées au corps ou isolées, comme œuvres à part entière et autonomes.

Seules, parfois répétées en séries aux variantes inédites, les mains constituent un répertoire de formes dans lequel le sculpteur pouvait puiser à sa guise pour compléter ses figures fragmentaires ou réaliser des assemblages inédits… Autant de mains parfois rapprochées d’un visage dont elles prolongent la signification (Tête de l’Ombre et deux mains, Tête de Jean de Fiennes et main gauche, Tête endormie sur une main) ou assemblées sans d’autre contrainte que la recherche d’un agencement plastique satisfaisant pour le maître (assemblages : deux bras gauches, deux mains droites, nu féminin dans une main demi-fermée renversée).

Comme toute œuvre de Rodin, les mains sont mobiles et défient la pesanteur. Aucun point de vue n’est privilégié par rapport à un autre. Le sculpteur prenait plaisir à les faire jouer entre ses propres mains, les manipulant sans cesse, comme à l’affût d’un angle qui lui aurait échappé. Il les conçut de toutes tailles : petits « abattis », minuscules esquisses de terre ou de plâtre, contenant déjà en puissance toute la force des agrandissements et des réalisations monumentales.

 

Mains isolées, « abattis », conçus le plus souvent en série, esquisses ou véritables « monuments », telles La Main de Dieu*, 1902, La Cathédrale*, 1908, ou Le Secret*, 1909 : la main fut pour Rodin un thème privilégié et métaphorique qui lui permettait de créer et de donner forme à la matière, avant d’être un sujet spécifique auquel il se consacra avec plaisir.

Les mains de Rodin sont des mains libres, qui n’ont pas besoin d’attributs – crayon, médaillon, pinceau … - pour expliquer et exprimer une situation ou une identité, comme il était d’usage au XIXème siècle avec les mains réalisées par Ary Scheffer (1795-1858) ou Vicenzo Vela (1820-1890) notamment. Elles ont leur langage propre et se suffisent entièrement à elles-mêmes. 

 

Cette passion de Rodin pour le fragment s’inscrit dans le processus de création du sculpteur, animé par le souci de réduire l’œuvre à l’essentiel et conduit en cela par son goût pour l’antique, dont d’autres mains, collectionnées jalousement par l’artiste, se font l’écho.

Il est difficile de dater avec précision les mains dans l’œuvre de Rodin. Il y travailla sans doute dès 1880, date à laquelle il reçut la commande de La Porte de l’Enfer.

Le dessin et la photographie viennent enrichir le regard, proposant de nouvelles lectures, véritables mises en scène modifiant la perception première et immédiate des œuvres (Eugène Druet, La Main crispée sortant des plis d’une couverture).