Rodin et la photographie

Du 14 novembre 2007 au 2 mars 2008

Par le fait du hasard qui l’a fait naître un an après la photographie, Rodin a mené sa carrière de sculpteur alors que cette nouvelle technique de reproduction vivait sans doute ses années les plus fécondes et les plus inventives. L’artiste n’échappera pas à l’attrait pratique et esthétique de ce nouveau médium et les quelques 7000 images qu’il rassemble entre 1870 et 1917, illustrent à la fois son histoire et l’histoire de la photographie.

 

Au cours des années 1880, la photographie nous entraîne dans l’atelier, au coeur de la création, là où les blocs de terre prennent forment, où les Bourgeois de Calais sont modelés nus, avant d’être revêtus, où la Porte de l’Enfer se recouvre d’une multitude de figures. Rodin engage d’abord des photographes de quartier, peu connus, Bodmer, Pannelier, Freuler, qui, contrairement à lui, le resteront.

Puis les terres deviennent plâtres, bronzes et marbres, l’atelier se remplit de plus en plus. Rodin à la fin des années 1890 est devenu un artiste reconnu par ses pairs et par le public. Eugène Druet, photographe amateur puis Jacques-Ernest Bulloz deviennent tour à tour ses photographes officiels et répondent chacun à leur manière aux directives précises de Rodin.

Ce sont leurs images qui seront le plus largement publiées dans la presse. Elles reflètent aussi le désir de l’artiste de contrôler le regard des spectateurs sur son oeuvre, de donner de l’importance à telle ou telle sculpture, de la montrer à un stade bien précis de son développement et d’en présenter l’angle de prise de vue le plus juste. La chronologie est donc le premier fil conducteur de cette exposition, le second sera l’évolution du rôle de la photographie par rapport à l’oeuvre sculptée.

 

Le pictorialisme, premier mouvement esthétique en photographie, se développe au début du XXème siècle. Les photographes Edward Steichen, Stephen Haweis et Henry Coles, Jean Limet, rattachés à cette école, se présentent à la porte de l’atelier de Rodin en tant qu’artistes à part entière. Le sculpteur, séduit par leur jeunesse, favorisera leur travail et appréciera leur interprétation très personnelle de ses sculptures. En retouchant au pinceau l’image lors de son développement, ces photographes métamorphosent l’oeuvre d’art. C'est l'image de la sculpture qui nous fascine et non plus la sculpture elle-même. Ce doublement de l'oeuvre nous oblige à tenir deux langages, l'un sculptural et l'autre photographique. Double information qu'il est parfois difficile de dissocier tant l'oeuvre et son image s'enrichissent mutuellement pour ne faire plus qu'un dans notre esprit.

Cette évolution du rôle et de la place de la photographie dans l’oeuvre sculptée de Rodin est l’exact reflet de ce qui se passe au début du XXème siècle : un regard nouveau est porté sur la photographie qui accède progressivement au rang d’oeuvre d’art.