Jean-Christophe Bailly

Du 15 novembre au 31 décembre 2011

Un tout petit rapt

Avec la réalisation de cette vitrine j’ai d’abord voulu prendre au pied de la lettre le terme de résidence, par lequel on désigne couramment aujourd’hui différentes formes de collaboration entre un artiste ou un écrivain et une institution. « Résidant » donc au musée Rodin, j’ai voulu par jeu y aménager un recoin, non pour marquer agressivement un territoire à l’intérieur du continent Rodin, mais pour y donner, sous une forme discrète et presque clandestine, une idée de ce qu’aura pu être, de façon discontinue mais sur une période au fond assez étendue, mon contact avec une oeuvre qu’à bien des égards j’ai découverte à cette occasion.

Bande-annonce de présentation de l'exposition-vitrine Un tout petit rapt.

De Rodin je connaissais surtout les grandes formes, et une syntaxe puissamment articulée et affirmée. Mais ce que j’ai appris à connaître, ce sont ces milliers d’objets (fragments de ses propres sculptures ou pièces antiques collectionnées par lui) que Rodin gardait sous son oeuvre comme une réserve prête à servir, ou comme le lexique d’une langue qu’il découvrait au fur et à mesure, avec émerveillement.

Avec les « abattis » et les fragments, les antiques et les socles, c’est littéralement une population qui existe et qui, éparse, attend son heure, éclairant l’oeuvre sous un jour nouveau dont certains assemblages réalisés sont les témoins éblouissants. C’est pourquoi mon choix comprend l’un de ces petits assemblages – une coupe antique contenant un petit nu grêlé – et lui associe plusieurs éléments qui sont comme les pièces détachées d’un ou de plusieurs assemblages qui ne se feront pas mais dont la possibilité, ainsi suspendue, sera offerte aux visiteurs.

J’ai tenu à ce que cette « collection », tout en utilisant des échelles variées (un grand bras d’origine romaine et trois petites têtes de chat égyptiennes par exemple) soit sous-tendue par une idée non monumentale, retournant vers l’oeuvre la dimension archéologique d’une série d’éclats, tout en l’inscrivant dans une référence à l’immense dehors où Rodin infiniment puisait, grâce à une petite huile sur carton montrant un ciel d’orage.

Jean-Christophe Bailly


Commissariat : Noëlle Chabert, Conservateur en chef du patrimoine, chef du service du développement

 Texte introductif à sa présentation par Jean-Christophe Bailly, en français et en anglais, disponible gratuitement à côté de la vitrine de la salle des Bourgeois de Calais (salle 11)