Corps et décors

Du 16 avril au 22 août 2010

Rodin et les arts décoratifs

Consacrée aux arts décoratifs et à la décoration monumentale, Corps et décors dévoile une dimension méconnue de l’oeuvre de Rodin. Sur les cent cinquante oeuvres qui composent le parcours de l’exposition – vases, objets d’art, dessins, sculptures décoratives – une grande partie est présentée au public pour la première fois. Ce projet invite également à redécouvrir, sous l’angle du décoratif, certaines oeuvres célèbres de Rodin, comme La Porte de l’Enfer. Corps et décors est l’occasion d’aborder de manière très actuelle la question de la valeur et du statut des arts décoratifs qui était au centre des débats esthétiques à la fin du XIXe siècle.

 

On oublie trop souvent que Rodin a débuté sa carrière comme sculpteur ornemaniste. Formé à la Petite École de dessin et d’architecture, Rodin travailla dans l’atelier de Carrier-Belleuse au début des années 1870. Il participa à plusieurs chantiers de décoration, du théâtre des Gobelins aux fontaines du Trocadéro, en passant par la Bourse de Bruxelles. Divers feuilles d’études, bustes décoratifs et éléments de décors monumentaux présentés dans l’exposition sont issus de cette période. En 1879, Rodin entra à la manufacture de Sèvres. Il produisit de nombreux vases, décorés de bacchantes, de faunes et d’enfants : Corps et décors en présente la plus grande série rassemblée depuis 1907, dont deux vases Shanghai récemment acquis par le musée. 

 

La Porte de l’Enfer, chef-d’oeuvre inachevé et inépuisable réservoir de figures, était une commande publique : l’État la destinait au départ à la façade d’un musée des Arts décoratifs. D’autres commandes suivirent. Elles émanaient de mécènes comme le baron Vitta ou l’industriel Maurice Fenaille, désireux d’intégrer l’art de Rodin à leur cadre de vie. Simultanément, des sujets comme Le Baiser ou L’Eternel printemps firent l’objet de réductions éditées à grande échelle, afin de satisfaire des acquéreurs aux revenus plus modestes. Pour Rodin, la décennie 1880 correspondit à une convergence féconde entre les différents domaines de son activité. Plus tard, l’artiste conduisit des expérimentations sur les matériaux et les changements d’échelle, revisitant sans cesse ses propres créations.

 

« L’ornement n’est pas un crime », rappelle avec humour François Blanchetière, commissaire de l’exposition. Corps et décors propose ainsi une réflexion sur la place de Rodin dans l’univers des arts décoratifs et de la décoration monumentale, à une époque qui multiplia les échanges entre des domaines artistiques traditionnellement cloisonnés. Les oeuvres exposées relaient nombre de questions et débats caractéristiques de la fin du XIXe siècle : unité des arts, dépassement des styles historiques, valeur ornementale de l’oeuvre d’art, conditions d’une décoration monumentale, diffusion du grand art. Le parcours de l’exposition permettra aux visiteurs de revivre ce débat important auquel Rodin, bien qu’il ne prît jamais directement parti, participa dans sa vie et par son oeuvre.

 

En résonance à cette exposition, dans le cadre de la programmation d’art contemporain du musée Rodin, les visiteurs seront accueillis dès la cour d’honneur par Torre, oeuvre monumentale de Wim Delvoye dont une sélection de sculptures sera présentée dans l’hôtel Biron. Revisitant tous les genres même les plus incompatibles, cet artiste met l’accent sur la question de l’ornement tout en proposant une surenchère qui rompt avec la notion de goût dans les arts décoratifs.