Auguste Rodin (1840 -1917)

Les Bénédictions

Les Gloires ou L'Envolée ou Les Victoires

1896 (?) - 1911

Marbre

H. 80 cm ; L. 75,5 cm ; P. 66,5 cm

S.428

Marbre, 1911
Praticien : Victor Peter
Ni signé, ni daté

De très nombreuses figures ailées traversent l’oeuvre de Rodin. Mouvements de chute ou d’envol, plusieurs furent exécutées en marbre, comme Illusion, soeur d’Icare ou Les Nuages (1902, Cardiff, National Museum of Wales). Ici, Les Bénédictions paraissent davantage se pencher vers l’objet de leur attention : le travail des hommes. Ce groupe est en effet surtout connu pour couronner un projet de monument au travail, la Tour du travail (1898). Rodin le réutilisa de manière autonome, l’assembla à un vase de sa collection (Ph. 2083), le dota d’une base arrondie, et le fit agrandir successivement avant 1896 et en 1898. La version monumentale, sans doute traduite en marbre dès 1896, donne un caractère définitif à cette oeuvre, conçue à l’origine par l’assemblage de deux petits nus féminins dotés d’ailes qui rappellent le double torse de La Nuit (après 1898). À la demande de Rodin, Eugène Druet en réalisa un agrandissement photographique de 210 centimètres de hauteur sur 180 de largeur (Ph. 15889 à 15891). L’artiste put ainsi étudier le changement d’échelle, avant d’en entreprendre l’exécution en marbre, à laquelle il renonça. Trois marbres furent réalisés, dont le premier, dû au ciseau de Jean Escoula (Lisbonne, Fondation Calouste Gulbenkian) apparut à l’exposition de l’Alma en 1900. Victor Peter et Louis Mathet intervinrent sur les deux marbres suivants (Paris, musée Rodin et 1912, Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek). Ce dernier, entrepris sans doute dès 1896, donna du souci au praticien, car, « avec la fragilité des ailes et des bras il faut se servir davantage de râpes que de ciseaux ce qui est moins expéditif et moins agréable comme travail » (Peter à Rodin, 18 août 1896, AMR). La partie inférieure devait être reprise avec « soit de la draperie des nuages ou des flots pour consolider les jambes qui ne suffiraient pas à porter le haut » (ibid.) De fait, la masse de marbre qui enveloppe les jambes fait une sorte de contrepoids au déploiement des ailes. Tout en les stabilisant, elle immobilise les figures et suspend leur mouvement. Le traitement du matériau, auquel Rodin confère un rendu et une perception particulière, correspond à différents niveaux d’intervention : lisse pour les chairs, légèrement incisé pour les ailes et les ondes (ou nuées), d’aspect brut pour les chevelures et la base.

< Retour à la collection