Le Sommeil
entre 1889-1894
terre cuite, plâtre, pâte à modeler, papier journal et filasse, clous
H. 46 cm;  L. 47,6 cm;  P. 39,5 cm
Donation Rodin, 1916 (S. 1829)

La première pensée de Rodin  se traduit le plus souvent par un modèle en terre. Modelé par assemblage de boulettes et/ou de colombins de terre glaise pressés au doigt et à l’outil sans doute autour d’une armature en bois ou en métal, ce modèle ne conserve plus trace de ce premier stade d’élaboration.
Puis sont précisés les différents éléments du visage, des cheveux, du cou, les motifs végétaux et le fruit  (un coing ?) ornant la guirlande à l’aide d’ébauchoir, de couteau, et diverses mirettes dont la mirette gradinée ;  cette dernière est utilisée dans les détails pour uniformiser ou animer les surfaces.

Détail de la chevelure avec l'emploi de la mirette gradinée

détail de la chevelure avec l'emploi de la mirette gradinée - Crédits photo : Institut National du Patrimoine - Photo : Ghyslain Vanneste

 

Détail de la chevelure avec l'emploi de la mirette gradinée

détail de la chevelure avec l'emploi de la mirette gradinée - Crédits photo : Institut National du Patrimoine - Photo : Ghyslain Vanneste

 

Détail de la guirlande avec fruit

détail de la guirlande avec éléments végétaux et fruit
Crédits photo : Institut National du Patrimoine - Photo : Ghyslain Vanneste

 



Détail du sourcil

détail du sourcil
Crédits photo : Musée Rodin - Photo : Christian Baraja

La dernière opération consiste à lisser au doigt ou au pinceau les surfaces comme le visage et la main.
 

Pour éviter que la terre crue ne sèche trop vite pendant le travail, des tissus mouillés sont posés sur le sujet. Une lettre de Rodin à Rose Beuret, sa compagne, l’explique : "…mon travail est entre tes mains, ne mouille pas trop et tâte avec ton doigt" (Londres, entre le 29 mai et le 1er juin 1886, correspondance, I, n°72, p. 74).
La terre cuite garde la marque de différentes trames de tissu localisées à certains endroits.
 

Une fois considéré comme achevé, le sujet en terre doit passer dans un four pour devenir une terre cuite et acquérir une certaine résistance aux chocs.

Détail de l'empreinte du tissu

détail de l'empreinte du tissu
Crédits photo : Institut National du Patrimoine - Photo :Jennifer Vatelot

Pour éviter un éventuel éclatement de la terre en cours de cuisson, le sujet doit avoir une même épaisseur de matière, ce qui oblige à retirer de la terre, opération appelée évidement.
La terre cuite est donc coupée en deux morceaux pour séparer la face du dos afin de pratiquer cet évidement.  Des étais de terre sont placés à l’intérieur pour  empêcher que les parois ne s’affaissent pendant la cuisson.
 


A ce moment Rodin décide de modifier sa composition, la terre crue étant encore plastique c’est-à-dire malléable. La sculpture représente une jeune fille endormie avec une guirlande de feuillage, le bras gauche barrant la poitrine et la main sous le menton tandis que le bras droit également replié est dissimulé sous la masse de cheveux.

Trace du découpage de la face et du dos avec petit bourrelet de jonction

pour évider l'oeuvre il est nécessaire de scinder l'objet en deux parties, une fois l'opération achevée les deux deux parties sont réassemblées laissant visible un léger bourrelet de jonction
Crédits photo : Institut National du Patrimoine - Photo : Ghyslain Vanneste

La main droite posée sur le cou au niveau de l’épaule retient une mèche de cheveux.

Rodin supprime:
- le bras gauche jusqu'au poignet
- le bras droit à partir du coude
- une partie de la chevelure
- une partie de la guirlande

Ce constat n’a pu être établi qu’au cours de l’intervention menée sur l’oeuvre grâce à l’analyse  de Jennifer Vatelot  qui, pour son mémoire de fin d’études à l’Institut National du Patrimoine dans la filière restauration, a travaillé sur  Le Sommeil en terre cuite. Lors de la restauration, la coque en plâtre, filasse et papier journal enrobant la terre cuite, a été retirée et  des éléments sous-jacents sont apparus, parfois sous forme de traces. Ils permettent  de suivre précisément le processus de réflexion du sculpteur et l'évolution de sa pensée. L'oeuvre restaurée est désormais exposée dans les salles de l'hôtel Biron.

 

 

La terre cuite sans la coque en plâtre, de face

la terre cuite sans la coque en plâtre, de face
Crédits photo : Institut National du Patrimoine - Photo : Ghyslain Vanneste

 

La terre cuite sans la coque en plâtre, de dos

la terre cuite sans la coque en plâtre, de dos
Crédits photo : Institut National du Patrimoine - Photo : Ghyslain Vanneste

 

Le bras gauche et la guirlande coupés

le bras gauche et la guirlande supprimés
Crédits photo : Institut National du Patrimoine - Photo : Ghyslain Vanneste

 

La chevelure et le bras droit coupés

la chevelure et le bras droit supprimés
Crédits photo : Institut National du Patrimoine - Photo : Ghyslain Vanneste