Auguste Rodin (1840 -1917)

Dans la m...

Vers 1880

Crayon, plume et encre, lavis d’encre et gouache sur papier, collé sur un papier réglé de registre

H. 18,2 cm ; L. 13,6 cm

D.7616

Ancienne collection Maurice Fenaille, acquis en 1929 ?

Cette œuvre sur papier est l'un des dessins à la gouache et au lavis d’encre par lesquels Rodin accompagne, au cours des années 1880-1883, sa lecture de La Divine Comédie.

 

L’encre violette noie littéralement le personnage central, replié sur lui-même, enfoncé dans une sorte de cloaque, tandis qu’un défilé d’ombres semble l’observer d’en haut. Annoté à la plume et à l’encre vers la droite « dans la m… », ce dessin évoque la rencontre de Dante et d’un des corrupteurs et flatteurs, Interminelli de Lucques : « La foule des ombres confusément jetées dans cet immense égout se soulevait péniblement hors de l’épaisse surface. Une d’entre elles avait frappé mes yeux et je la considérais mais je ne distinguais rien sur sa tête dégoûtante… » (Dante, L'Enfer, Chant XVIII).


Dans la m… illustre un procédé fréquent chez Rodin dessinateur : celui du collage. Le dessin, tracé sur la page fragile d'un carnet de papier ordinaire, est découpé ultérieurement par l’artiste et recollé sur une feuille de format supérieur. Cette consolidation du support permet en même temps l’agrandissement, le prolongement du dessin d’origine. Cette pratique, démontre le refus de Rodin « d’achever » une œuvre, de la considérer comme définitive. L'artiste avait en effet pour habitude de se servir de dessins antérieurs, de les retravailler, les combinant à de nouveaux tracés, à de nouvelles figures, dans un principe métamorphique et cyclique que l’on retrouvera plus tard dans un grand nombre de ses œuvres sculptées.

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