Leopold Von Sacher-Masoch (1836 -1895)

Lettre de Leopold von Sacher-Masoch à Auguste Rodin

10 avril 1887

Encre sur papier

H. 17,8 cm ; L. 22,3 cm

Ms.777

Critiques et hommes de lettres demandent à Rodin, comme une faveur, d’assister aux séances de pose. Les corps nus des modèles, les rapports, parfois ambigus, de l’artiste et des jeunes femmes qui déambulent dans son atelier, nourrissent leurs propres fantasmes. Leopold von Sacher-Masoch (1836-1895), qui a été troublé par une de ces « magnifiques tigresses », avait rencontré quelques années auparavant un succès de scandale avec un roman, largement autobiographique, La Vénus à la fourrure, qu’il évoque dans cette lettre. L’ouvrage relate la soumission d’un homme à l’autorité d’une femme, prénommée Wanda, se pliant à tous ses caprices.

 

Sacher-Masoch lui-même entretint ce type de relation avec son épouse, établissant en 1873 entre eux un contrat qui n’est pas sans évoquer, quant à la forme, celui que Rodin rédige à l’attention de Camille Claudel en 1886. Mais si Rodin promet l’exclusivité de son amour à Camille et Sacher-Masoch de devenir l’esclave de Wanda, donnant à son épouse le prénom de son héroïne, ce dernier recherchait une forme d’humiliation bien éloignée des aspirations de Rodin.

 

«Cher Monsieur
je suis fier de votre amitié, car
elle me prouve que vous avez
trouvé dans mes oeuvres un peu
de cette vérité et de cette force
élémentaire que j’ai tant
admirées dans tout ce que

 

j’ai vu de vous. J’ai rêvé
la nuit de vos magnifiques
tigresses humaines, et j’en
rêve encore les yeux ouverts en
plein jour. C’est un peu le
type de ma Vénus aux
fourrures que je ne puis
vous offrir malheureusement
car elle n’a pas paru en

 

français. Le marbre et le
bronze s’animent sous vos
doigts, comme la terre sous
le souffle de Dieu, le sixième
jour de la Création.Vous avez
donné à cette Matière Morte
ce qui lui manquait depuis
Phidias, le mouvement
et la vie.

 

Je vous serre la main
encore une fois et vous
dis de tout mon coeur
Au revoir
Sacher Masoch»

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