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Claudie Judrin
Assemblage : torse féminin agenouillé dans une coupe grecque
vers 1900?
plâtre
23 x 25,7 x 18,5 cm
S.3611
Photo : E. & P. Hesmerg
Le goût dun artiste pour les oeuvres dart naît avec son appétit dinventer. Cest en ayant des modèles sous les yeux quil trouve son propre langage. Au début dune vie, il y a les exemples quon vous impose, et Rodin a étudié dans les ateliers, au Louvre. Plus tard, quand sa voie est tracée, quand le succès lui donne quelques moyens et quelques loisirs, lartiste choisit ce qui lentoure. Si parfois le public est unanime à en reconnaître la beauté, comme cest le cas pour le Père Tanguy de van Gogh, il peut en être déconcerté car il sagit dun goût très personnel qui tient compte souvent dune recherche dans un temps donné. Il faut pouvoir en décrypter lhistoire.
Avant de sinstaller à lhôtel Biron en 1908, Rodin achète en 1895 la villa des Brillants à Meudon. Il meuble peu à peu son territoire dune infinité dobjets qui doublent quasiment son oeuvre.
Franck Bal
Rodin assis au milieu de sa collection
vers 1905
épreuve gélatino-argentique
19 x 27,8 cm
Ph. 7004
La curiosité de son regard couvre les pays, les siècles, les genres, si bien que le fil dAriane risque de se rompre. Les antiquaires de toute lEurope ne cessent de proposer, et Rodin dispose avec un bonheur plus ou moins grand puisquil touche à tout.
Si on met de côté lExtrême-Orient, on a coutume dembrasser la collection de Rodin sous le vocable d« Antiques ». Rodin y voyait "son musée" alors quaujourdhui la création de Rodin est seule considérée comme un musée. La donation de 1916 faite à l'Etat comprend Rodin et sa collection. Lart pharaonique est présent dans toute son étendue à travers plus de cinq cents pièces de la Ve à la XXXe dynastie. On rencontre aussi une centaine de tissus coptes. Rodin se plaît à décrire tel faucon ou tel chat qui a sa préférence.
La Grèce et Rome ont à ses yeux une perfection puisée à la source même de la nature et de la vie. Il accumule marbres, moulages, plâtres, bronzes et terres cuites et des centaines de vases. Ces vases grecs touchent le sculpteur de si près quil les habite de ses propres figurines en plâtre, de même quil aime à acheter des colonnes et des chapiteaux pour les coiffer de ses sujets. Cest sa manière à lui de ne faire quun avec lAntique.
Lauteur des Cathédrales de France noublie pas la sculpture du Moyen Age. Quelques mois avant sa mort, il paie six mille francs un pleurant du tombeau de Jean de Berry à Bourges. Il arrive quil reçoive des cadeaux. Le poète Rainer-Maria Rilke qui fut aussi son secrétaire, lui offrit au moment de son installation à l'hôtel Biron un Saint Christophe en qui il voit un autre Rodin.
Le sculpteur ne manqua pas de sintéresser aux peintres de son temps. Il admire lindépendance de van Gogh dont il achète trois tableaux. Il pose pour Renoir dont il acquiert pour vingt mille francs en 1910 chez Bernheim Jeune la Femme nue de la collection Leclanché. Le Belle-Ile de Monet comme le Falguière, le Thaulow ou le Zuloaga, furent lobjet déchanges avec des bronzes, plâtres ou dessins. Lami auquel il voue une profonde admiration est sans conteste Eugène Carrière. Sa Mère et enfant rappelle les marbres volontairement mal dégrossis de la fin de la vie de Rodin.
La présence dune copie de la Bethsabée de Rembrandt se justifie par un respect infini pour le mystère du maître hollandais. Cette faculté démerveillement et destime à légard des oeuvres dart est le privilège des artistes et des collectionneurs.
Extrait de l'ouvrage Rodin - Le musée et ses collections aux éditions Scala, Paris, 1996.
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