LES ARCHIVES
DU
MUSEE RODIN


Alain Beausire
11809
Livres provenant de la
bibliothèque de Rodin :
Les Fleurs du mal
de Charles Baudelaire, 1857
Reliure de Marius Michel
illustré par Rodin D.7174
Der neuen Gedichte anderer Teil
de Rainer Maria Rilke,
dédicacé à Rodin,
novembre 1908
Inv. 11809
Photo : A. Rzepka


"ÉLOGIEUX", "ENTHOUSIASTE". Sur des coupures de presse étrangères du début du siècle, Rodin fait porter ces cachets par ses secrétaires; bref bilan de la simple lecture qu’ils en font ou d’une réelle traduction jointe aux documents. Ce souci de l’image perçue par la critique de son œuvre et de sa vie fut permanent.
Ce n’est, bien sûr, qu’avec ses premières expositions et donc la Belgique, que Rodin peut trouver son nom cité; il découpe alors lui-même les journaux en collant les articles dans des cahiers, ceux-ci ayant été malheureusement démontés, probablement entre-deux-guerres, dans un but de classement. Dès que ses moyens le lui permettent, c’est-à-dire vers la quarantaine, il s’abonne à des agences de coupures de presse telles que
Je lis tout ou l’Argus de la presse, abonnement poursuivi par le musée Rodin après la mort du sculpteur.
Son esprit de conservation est indéniablement plus ancien, si l’on en juge par les documents conservés tant de sa prime jeunesse que provenant de sa famille, et se rattache à une double nature : l’attachement sentimental et moral à ses racines, entretenu au sein d’une famille soudée par les difficultés de la vie et pour qui rien n’est superflu; le sens inné, enfin, du patrimoine matériel, qu’il soit individuel ou universel. Il en livrera l’expression sans relâche, du début à la fin de sa vie, d’abord en conservant tout : des lettres reçues aux notes griffonnées sur un coin de papier, des brouillons de comptes à la moindre coupure de presse; enfin, en luttant contre les destructeurs et abîmeurs de patrimoine, guerriers ou non, tous naufrageurs de la mémoire des peuples.
Il est difficile d’imaginer, pour qui passe au musée Rodin, ce que furent en 1917 et ce que sont aujourd’hui ses archives et ses réserves. Il faut de nombreuses années de fréquentation assidue et d’analyse, de fouilles même, pour mesurer la richesse infinie de la donation de Rodin. Des dizaines de milliers de documents manuscrits et imprimés, de livres et de périodiques, égrenant plus de 70 ans de la vie de l’artiste, suivis par quatre-vingts années d’acquisitions du musée.
Dans ce foisonnement domine le manque cruel de la plupart des agendas de Rodin, subtilisés peut-être par ses secrétaires, la dizaine conservée, tardive, disparate et partielle, reflétant leur importance historique. Rares sont aussi les affiches de ses expositions ou d'autres événements. Malgré ces lacunes ponctuelles, le fonds contient des documents rares, par leur précocité, par la célébrité de leurs auteurs et simplement par l'intérêt de leur contenu. Du modeste reçu au fleuve épistolaire, chaleureux, amicaux ou strictement polis, commerciaux et politiques ou purement administratifs, les dizaines de milliers d'autographes conservés par Rodin, sans exception ni sélection, laissent tous une trace d'une indéniable signification historique. Toute la société et ses rouages y sont concentrés, du marchand de ficelles et de charbon au fondeur d'art, du médecin à l'artiste, du ministre à la femme du monde ou à la maîtresse, de l'artisan au journaliste, de l'ouvrier au souverain.
Des lettres mais aussi des livres offrant, entre autres, une série dédicacée souvent précieuse. Dans cette bibliothèque –de plus de 30 000 pièces du XVIe siècle à nos jours –, la collection de Rodin nous révèle tant ses lectures que ses "non-lectures"; certains ouvrages, en effet, que nous tenons à conserver tels quels, ont leurs cahiers intacts, non découpés, sauf parfois aux quelques pages citant le sculpteur.
Outre ces évidences, Rodin ne pouvait tout lire, témoin cette dédicace de Rainer Maria Rilke dans
Der neuen Gedichte anderer Teil (Leipzig, 1908) : « Mes meilleurs efforts sont enfermés dans une langue qui n’est pas la vôtre. Je vous donne ce livre que vous ne lirez point…».

autographes
Autographes de Rodin, de Camille Claudel et de Henri Matisse
Ensemble de coupures de presse de 1877 à 1901
coupures de presse
CP224
Charles Léandre
«Le Panseur» in
le Rire, 11 mai 1907, Couverture
31 x 23,2 cm
CP 224
Louis Malteste
Les Mauvais bergers - Pièce en 5 actes de Mr Octave Mirbeau
Affiche, lithographie
58 x 42 cm
AF 2
Af2


Extrait de l'ouvrage Rodin - Le musée et ses collections aux éditions Scala, Paris, 1996.

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